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Le Camp Allaric ou oppidum de Palerne

Les origines connues de notre commune se situent au bord de l’eau à la « frontière » du village de Jouarenne et de la commune de Château Larcher. Il y a 5 000 ans, pour vivre, il fallait, comme aujourd’hui, de l’eau et des abris pour pouvoir résister aux conditions atmosphériques difficiles. Il est donc normal de découvrir les premiers habitants près de la Clouère, dans un lieu où les tourbillons de la rivière ont creusé des grottes dans les flancs des rives. Ces grottes ont assurément abrité des humains mais l’absence de recherches archéologiques poussées ne permet pas de compléter les découvertes effectuées à la fin du 19ème. 86010 le camp allaric j-arlaud

Sur la vue aérienne du site, on aperçoit le rempart en arc de cercle (envahi de végétation). Ce rempart assurait la protection de ce qui fut un village néolithique. Les deux autres côtés sont constitués de falaises abruptes percées, dans la partie sud, de grottes.

Situé sur un éperon calcaire façonné par la Clouère qui coule à sa base, le « camp » doit son nom à une légende locale née au début du 20ème siècle qui voudrait qu’Allaric et ses troupes aient occupé cette hauteur au cours de la débandade qui aurait suivi leur affrontement avec les troupes de Clovis en 507. Le roi des wisigoths, mort durant l’échange, aurait été enterré, comme le veut la coutume wisigothe, sous un tertre placé dans le lit d’une rivière (nous sommes ici à la confluence du Clain et de la Clouère). Il semble que ce soit surtout le riche harnachement paré d’or du cheval qui ait perpétué la légende au cours des siècles.
Découvert en 1862 par Alphonse Le Touzé de Longuemar, le site a été occupé à partir de la fin du néolithique (- 3 000 avant J.C. environ) jusqu’à la conquête de la Gaule par les Romains. Les grottes creusées par les eaux de la Clouère dans son flanc sud (grottes de Chatillon), au nombre de 7, ont gardé encore des entrées assez imposantes malgré les éboulements. Celle se situant le plus près de la pointe de l’éperon, dite « grotte à Manon », aurait été à certaines époques l’objet de la vénération de la Vierge. D’autres disent qu‘elle fut fréquentée par des fées qui s’y rassemblaient les nuits de pleine lune et descendaient laver leur linge à la Clouère. Plus près de nous, une coutume locale y regroupait, à la Chandeleur, les habitants du village voisin de Baptresse qui venaient y sauter les crêpes. Elles auraient été occupées par des réfugiés lors de la deuxième guerre mondiale et l’assassin Balin s’y serait caché quelques jours avant d’être arrêté puis condamné. Trois de ces grottes ont livré des vestiges préhistoriques aujourd’hui conservés dans les collections du musée de Poitiers. Dans la grotte la plus éloignée de la pointe de l ‘éperon, A. Boutillier du Retail aurait recueilli des racloirs, des nucléus, des pointes de flèches, des os attribués au Moustérien. Dans la troisième où les vestiges furent les plus abondants Boutillier rapporte l’ensemble au Magdalénien. La grotte n° 6 a donné des grattoirs, des racloirs, des pointes et des bois de cervidés du Magdalénien et du Solutréen. Jean Pierre Pautreau entérine cette hypothèse.
Site de hauteur, le camp fortifié qui surplombe la Clouère de près d’une trentaine de mètres se présente sous la forme d’un triangle de plus de 2 hectares bordé sur deux côtés par des falaises abruptes et fermé sur le troisième par un rempart incurvé de plus de 200 mètres de long construit en pierres sèches. Sa situation isolée, d’accès difficile, a favorisé sa conservation et ce site constitue un exceptionnel « livre d’histoire » écrit durant deux millénaires par les premiers habitants de notre commune.
C’est le doyen de la faculté des Sciences de Poitiers, Etienne Patte qui, en 1967, relance les nouvelles recherches. Les archéologues Jean Pierre Pautreau (de 1967 à 2001) puis Christophe Maitay vont assurer définitivement la notoriété du Camp Allaric par des campagnes de fouilles qui ont permis d’exhumer une grande quantité de matériel assurant ainsi une connaissance exceptionnelle sur le mode de vie des premiers agriculteurs et éleveurs préhistoriques.
Les premières fouilles de Jean Pierre Pautreau (de 1967 à 1980) étaient dirigées vers la base interne du rempart et la partie intérieure du camp. La seconde tranche a été axée sur la pointe sud de l’éperon avant que Christophe Maitay, à partir de 2001, n’assure l’exploration d’une coupe complète du rempart. L’ensemble de ces recherches a fourni, au fur et à mesure, des données qui permettent aujourd’hui d’avoir une chronologie assez précise de l’occupation humaine.
Le document édité par le musée Ste Croix de la ville de Poitiers atteste de la qualité « des découvertes exceptionnelles pour la connaissance des populations pré- et protohistoriques de l’ouest de la France, faisant du Camp Allaric l’un des sites majeurs de l’archéologie régionale ».

La première occupation

1) La première occupation semble avoir débuté à la fin du néolithique aux environs de 2 500 ans avant JC. La protection du village n’était assurée que par un talutage de pierres et de terre récupérées par creusement d’un fossé à la base de l’élévation. De cette période, les fouilles ont exhumé des outils en silex (pointes de flèches, haches polies, racloirs, poignards) et de nombreux tessons de vases en poterie épaisse qui étaient utilisés pour le stockage ou la cuisson des aliments. Le silex utilisé correspond rarement à celui existant dans les parois des falaises et provient surtout d’échanges avec d’autres régions comme le Grand Pressigny. De couleur noire, le matériau local permet difficilement la confection d’outils performants. Des éléments de meule utilisée pour écraser les grains pourraient provenir de la zone de la forêt de Moulière. Les vases étaient produits selon la technique des colombins qui consiste à empiler des boudins d’argile que l’on « soude » à l’aide d’une barbotine de même nature. L’épaisseur des parois est modelée par le contact des doigts. Des décors souvent grattés pouvaient agrémenter les objets. La cuisson s’effectuait dans un petit creux de terrain où les poteries entassées après séchage étaient recouvertes de bois et cuisaient à l’étouffée. La population sédentaire se consacrait déjà à l’élevage et la culture. D’autres outils fabriqués à partir des os des animaux servaient à la confection des vêtements.

La deuxième occupation

2) Une deuxième occupation apparaît à l’âge de bronze (9ème siècle avant J.C.). Le talutage laisse place à un rempart de pierres sèches construit sur le premier fossé. Constituée de deux parements de dalles calcaires remplis de cailloux et d’un fossé extérieur, cette protection assurait la défense du village et permettait la construction de cabanes adossées à la fortification. D’une superficie de 25 à 30 m², ces habitations dont il ne reste comme vestiges que les trous des poteaux étaient constituées de branchages entrelacés recouverts de torchis. En général, les foyers étaient situés à l’avant de la maison. Quelques traces de fonderie du bronze ont été retrouvées.
De cette période, les vestiges de matériel en terre cuite agrémentés de décors incisés (gobelets, jattes, assiettes) sont très nombreux. Le nombre de tessons peints en rouge classe le camp Allaric comme référence en ce domaine. Quelques bijoux d’alliage cuivreux (torques, épingles) ou de lignite (bracelets) montrent que la mode avait déjà droit de cité. Du matériel céramique spécifique à la fabrication de tissus (fusaïoles, pesons) permet de penser que l’industrie textile effectuait là ses premiers pas. Comme dans les autres lieux de recherches, l’inhumation des défunts a laissé place à l’incinération.

La dernière occupation

3) La dernière occupation est datée du 5ème siècle Avant JC ou premier âge du fer. Une terrasse en contrefort est adjointe au rempart dans sa partie interne. Le village semble avoir pris de l’importance. Le mobilier céramique découvre le décor au graphite. Du matériel en fer (haches, fibules ou épingles) apparaît. Quelques foyers avec des dépôts de minerai de fer permettent de penser qu’une production locale existait. Les dessins et ciselures accompagnant certains objets sont la preuve d’un savoir faire évident. Le rempart ayant subi un incendie, quelques éléments de torchis cuit comportant encore l’empreinte du feuillage de l’époque ont permis de compléter la connaissance de la flore. Le village perd de son importance. Au 1er siècle avant JC, seule la pointe de l’éperon est occupée par une ferme gauloise protégée par un fossé profond. Le reste du camp sert aux activités agricoles toujours protégées par ce qui reste du rempart.

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